[J-38] Les secrets de l’édition dévoilés

Dans la série « l’édition comment ça marche », voici 2 étapes manquantes dans mon déroulé : la fabrication et la signature du contrat.
(je sais, ça n’a rien à voir avec le titre du billet, mais c’est ça le secret de l’édition : avoir un titre racoleur).

1/ La fabrication
Après les corrections de novembre, et l’apparition spontanée en décembre de l’univers tangent au monde réel et menaçant l’équilibre de celui-ci, la fabrication de janvier.

Fabriquer consiste pour l’éditeur à maquetter (=mettre en page) le roman. Sachant que KKK contient 6 styles de mises en page différentes (normal, forum, script, conte, story, lettre), ils ont bien dû s’amuser chez Calmann :)
Heureusement, les éditeurs sont organisés et font d’abord valider à l’auteur un spécimen d’une vingtaine de pages permettant de valider le maquettage (aka de valider chaque type de mise en page, les pages de titre, le titrage des chapitres, sous-chapitres… , et surtout de valider la compréhension des caprices typographiques de l’auteur).

« Mais, là, le machin ../.. , ça a quelle signification typographique ? »
« Euh, ben, disons que… Hum… »

Ceci étant fait, les épreuves sont produites, transmises à l’auteur et à un autre correcteur, pour relecture définitive et chasse aux coquilles (non, moi non plus je ne savais pas que l’auteur devait se taper ça à faire – pourtant c’est marqué sur le contrat…). Tout bien considéré, même si ça prend du temps, cela permet de garantir que l’édition papier soit majoritairement conforme à la vision de l’auteur.
Les 2 relectures sont ensuite croisées, l’auteur est éventuellement interpellé si les corrections du correcteur suscitent des interrogations – par exemple si le correcteur décide de remplacer tous les points virgules du texte, hein, par exemple.

Ce travail est un peu fastidieux, à moins d’aimer se lire et se relire devant la glace (oh oui chérie relis moi la page 280), mais permet d’éliminer un bon nombre de coquilles, de traquer les erreurs résiduelles, d’unifier certaines normes d’écritures et de visualiser le rendu de la mise en page finale.

La fabrication de KKK fut une étape intéressante – d’autant, je l’ai déjà dit mais c’est important, que j’apprécie la qualité du travail de mes différents interlocuteurs de Calmann.
Il y a, comme lors des premières corrections, un certain décalage à voir son texte devenir l’objet du travail d’autrui – comme s’il ne vous appartenait déjà plus, ou comme s’il ne vous avait jamais appartenu.
(un autre secret de l’édition : toujours terminer ce qu’on dit par une phrase classe même si elle ne veut pas dire grand chose)

2/ La signature du contrat
Je reviens sur cette étape, début 2010, qui a marqué le début de ma collaboration avec Calmann.

Il y a tout ce que vous pouvez vous attendre à trouver dans un contrat type. L’auteur est payé au prorata des ventes (ce prorata varie suivant le nombre de ventes). Il reçoit en amont une avance garantie de laquelle viendront se déduire les futurs intérêts sur les ventes. « Garantie » signifie que cette avance ne peut être reprise même si les ventes sont inférieures au seuil de rentabilité. Ce qui garantit à l’auteur un revenu minimum. Ces chiffres varient suivant la notoriété des auteurs. Cela ne se fait pas (en France) de dire ce que l’on gagne. Sachez juste que je ne suis pas (encore) devenu riche.
Pour atteindre le montant de la garantie, il faudrait que les ventes de KKK atteignent 3000 ventes (si mes calculs sont bons…).

Si j’évoque le contrat, c’est aussi pour vous faire part de deux anecdotes amusantes dans celui-ci, l’une singulièrement rétrograde, l’autre horriblement retardataire :
– l’auteur doit fournir son texte sur « disquette » (si, si). D’ailleurs, vu que je ne l’ai pas fait, Calmann peut rendre caduque le contrat (chut).
– « l’exploitation par l’éditeur sous forme d’écrit numérique » est un copier/coller de « l’exploitation par l’éditeur sous forme de livre » – le « nombre d’exemplaires » pour la détermination du pourcentage de l’auteur étant remplacé adroitement par le « nombre de téléchargements ». Cela montre à quel point Calmann, et les éditeurs français en général, ne sont pas préparés à la « révolution numérique », n’y ont pas vraiment réfléchi, et se contentent pour l’instant de se couvrir avec des clauses largement discutables (si les charges de l’éditeur restent conséquentes même en numérique – ne serait-ce que le travail éditorial, les corrections… – , les charges de diffusion deviennent nulles). Je n’apprends rien à ceux qui se sont déjà penchés sur la question, mais c’est une chose de disserter théoriquement sur un sujet, et cela en est une autre quand on doit signer un contrat sur ce même sujet…

Keira vous boujoute et se taperait bien une disquette à la fraise.

A.K.

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