[J-69] Comment trouver un éditeur ?

Année 2009. KKK est emballé. Reste à trouver un éditeur. Comment ? J’imagine qu’une palanquée d’écrivains amateurs se posent cette question.
Eh bien, que ceux-ci prennent déjà note de cela : les manuscrits papiers, ça ne sert à rien (à part surélever votre lit).

Sur leurs sites, tous les éditeurs conventionnels recommandent encore et toujours aux aspirants écrivains de leur envoyer leurs manuscrits. Sans faire ma Wrath, cette recommandation est un mensonge. Le mythe du manuscrit reçu par la poste est un mythe.
Même si j’avais conscience de cette arnaque (une de plus !), j’avoue avoir été curieux de tester ce procédé. Procédé qui coûte quand même cher. Impression + Frais de port = 30 euros. 10 manuscrits = 300 euros.
J’ai donc envoyé le manuscrit de KKK (celui de la partie Lara, en fait, pour alléger mes frais) à 18 éditeurs. Bilan : 16 réponses négatives et 2 lettres mortes.
Évidemment, j’ai eu le droit à toutes les lettres types possibles. Je vous les épargne. Je retiens juste cette formulation intéressante et qui résume bien le foutage de gueule : « [votre manuscrit] n’a pas convaincu un nombre suffisant de nos conseillers littéraires ».

Ce qui est rigolo aussi (si on peut dire) est d’aller récupérer son manuscrit chez l’éditeur. J’ai visité une dizaine de hall d’accueil d’éditeurs parisiens, ai eu le droit aux mêmes sourires constipés de réceptionnistes mécaniques, vous rendant votre manuscrit numéroté, étiqueté, mais en parfait état et qui n’a visiblement jamais servi. Un travail quotidien millimétré où on sent poindre dans le regard une pitié incertaine envers cet énième écrivaillon qui s’est déplacé pour récupérer honteusement ce manuscrit négligeable que personne n’a daigné ne serait-ce que feuilleter. Et quand la réceptionniste, l’âge aidant, a dépassé le stade de la pitié, vous avez le droit au fameux « c’est à vous, ça ? » (dit sur le même ton que « c’est vous qui avez écrit cet ignoble roman ? »).

Quelques procédures sortent du lot. Chez tel éditeur, la standardiste passe un coup de fil, de longues minutes se passent en silence, des pétasses de la com défilent, la standardiste vous sourie nerveusement, des pétasses de la com défilent, soudain une trappe se soulève, un nain barbu en sort, le manuscrit brandi en l’air comme s’il s’agissait d’un artefact égaré retrouvé au fond de la cave et vous le transmet avec une fierté à peine dissimulée. Chez tel autre, vous errez dans un couloir biscornu, il n’y a personne, une pancarte « pour les manuscrits, attendez ici », alors vous attendez, et une vieille dame surgit de la porte sous l’escalier (la concierge), « c’est pour quoi ? », « non, rien, j’attends la personne qui s’occupe des manuscrits », regard indigné : « c’est quoi votre nom ? » et elle s’en va chercher votre manuscrit dans la pile du courrier…

So. Comment alors quoi ?
1/ Faites-vous connaître. 2/ Envoyez vos manuscrits par mail.

1 : Faites-vous connaître en écrivant des poèmes, des articles, des critiques, des romans chez des micro-éditeurs, peu importe ; couchez si l’éditeur n’est pas trop gros. En ce qui me concerne, le fait d’avoir écrit des critiques (pourtant loin d’être complaisantes) pour Actu-SF et le Cafard Cosmique a joué. Non pas que l’éditeur vous signe les yeux fermés (c’est là qu’il faut coucher). Mais que, au moins, il fera peut-être l’effort de vous lire (ou de vous faire lire à l’un de ses sbires).
2 : Par mails, donc. Soit, si vous trouvez des adresses mails sur les sites d’éditeurs, soit si vous connaissez machin qui a dit à truc que bidule avait peut-être, peut-être, un manuscrit intéressant (ou pas).

J’ai donc envoyé KKK par voie électronique à 5 éditeurs. Ils m’ont tous répondus et ont tous lu tout ou partie du texte envoyé (suivant mon humeur, j’ai envoyé Lara ou Kate). Je les cite car ils ont, à mon sens, fait preuve d’un professionnalisme qu’aucun des 18 autres n’a (a priori) montré : Denoël, Calmann-Levy, Les Moutons Électriques, Inculte et Asphalte.
Sur les 5, c’est donc Sébastien Guillot (Calmann-Levy) qui a retenu KKK. Pour être franc, je ne voulais pas lui envoyer, croyant que, vu ce qu’il publiait, il n’aimerait pas. Mmm. Finalement, je lui ai envoyé presque par dépit, il l’a lu (intéressé, je pense, par mon travail critique) et a aimé (je ne sais toujours pas pourquoi) et KKK sort le 23 février 2011. La vie est belle. Ou pas, mais on fait avec.

Tout ça pour dire que oui, le milieu de l’édition est un milieu hostile, mais que si vraiment vous y tenez, oubliez les manuscrits papiers, envoyez des mails, et donnez envie à votre destinataire de lire votre texte.

Keira vous boujoute et trouve que 300 euros pour se faire snober par une concierge c’est un peu la honte.

A.K.

2 thoughts on “[J-69] Comment trouver un éditeur ?

  1. D’accord avec vous. Perte de temps, d’énergie et d’argent que les envois de manuscrit par la poste.

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