[J-9] KKK, un roman Avant-Pop ?

Dans l’entrefilet que je citais hier, une pigiste des Inrocks notait la concomitance de plusieurs titres de romans contenant des noms de stars et en tirait des considérations marketing et people simplistes.

C’est passé sous silence un aspect important de la littérature moderne, ou post-moderne, ou pardon avant-pop puisque le post-modernisme est mort.

La « culture de masse », au sens large (ciné, musique, BD, télévision…), est devenue une composante centrale de nos existences – c’est même le « contexte » principal où se forgent nos perceptions et notre appréhension de la réalité. La négliger, l’ignorer et tenir la littérature pour quelque chose d’extérieure à cette culture de masse relève soit de l’élitisme, soit du non-sens.

De fait, depuis une vingtaine d’années, de nombreux auteurs (des écrivains mais pas que) se saisissent de cette culture de masse et y puisent les motifs de leurs œuvres.
C’est l’un des principes de l’avant-pop dont je vous invite à lire le manifeste.
« The single most important creative directive of the new wave of Avant-Pop artists is to enter the mainstream culture as a parasite would sucking out all the bad blood that lies between the mainstream and the margin. »

Kathy Acker, Steve Erickson, Lewis Shiner, William T. Vollmann, David Foster Wallace sont souvent cités parmi les auteurs avant-pop importants, et Pynchon et Dick comme des précurseurs de l’avant-pop.
Je citerai aussi David Calvo dont Minuscules flocons de neige depuis dix minutes pourrait passer sans problème pour un manifeste français de l’avant-pop, et Tommaso Pincio qui revisite les icônes des années 50 (Kerouac, Monroe…) dans le très recommandable Le Silence de l’espace et la vie de Kurt Cobain dans le tout aussi recommandable Un Amour d’outre-monde.
Côté cinéma, je trouve que Richard Kelly est l’un des principaux réalisateurs avant-pop.

En ce qui concerne KKK, traiter du cinéma contemporain de façon abstraite, par exemple en utilisant une actrice imaginaire, aurait relevé de l’absurde. En revanche, utiliser en motif principal du roman diverses incarnations d’une actrice réelle permet de s’immiscer dans cette culture de masse et de l’affronter sans détours, voire de la contaminer (sous cet angle, le titre originel du roman était plus pertinent).

Keira vous boujoute et trouve que Domino c’est vachement avant-pop.

A.K.

3 thoughts on “[J-9] KKK, un roman Avant-Pop ?

  1. Ah oui, j’avais totalement oublié ce terme.
    Par contre, autant je suis d’accord sur 1) la fin du postmodernisme et 2) l’avant-pop comme nomenclature de ces créations infiltrant de la culture de genre ou des marges dans le mainstream, je doute qu’il y ait une filiation directe entre les deux.

    Très joli, ce avant-pop.

  2. Ouais j’aime beaucoup aussi.
    Et ça fait classe en soirée « et vous écrivez quoi ? » « mmm… de l’avant-pop »

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