All the Boys Love Mandy Lane (Jonathan Levine, 2006)

 

All_the_Boys_Love_Mandy_LaneAttention, All the Boys Love Mandy Lane n’est pas un slasher, n’est pas novateur, n’est pas un film-choc, n’est pas ta mère comment c’est trop bien, non, All the Boys Love Mandy Lane est simplement un film hors-normes, cruel et poétique, un chef d’œuvre en état de grâce permanent sur la fin de l’adolescence.

[article initialement paru sur le Cafard Cosmique]

Produit en 2006, Mandy Lane devait sortir en France en été 2008. Raté. Il a fallu attendre l’été 2010 pour que l’incontournable éditeur Wild Side (Sky Crawlers, Valhalla Rising) le sorte… directement en DVD. Mandy Lane a subi la même sanction dans son pays d’origine, les États-Unis, où il a aussi été privée d’une sortie en salles. Cette sortie tardive en DVD est d’autant plus frustrante que le film bénéficie d’une solide notoriété acquise au fil des festivals.

Mandy Lane, une belle et innocente adolescente, est l’objet de bien des convoitises. Tous les garçons ne rêvent que d’une autre chose : être le premier à déflorer sa virginité. Pour célébrer la fin de l’année, six adolescents, dont Mandy, s’isolent dans le ranch parental de l’un d’eux. Chacun des trois garçons du lot espère être celui à qui la jolie adolescente s’ouvrira. Évidemment, un autre personnage se joint à eux, résolu à tuer tous ceux qui menacent la virginité de Mandy Lane.

Dit comme ça, ça a l’air très bête, mais en fait non. Mandy Lane, s’il emprunte à première vue les codes narratifs du slasher, s’apparente davantage à un drame adolescent dans la lignée de Virgin Suicides (avec un ton plus moderne et moins figé que le film de Sofia Coppola). Se libérant rapidement des archétypes du teen-movie, les protagonistes de Mandy Lane font figure d’adolescents solitaires, égoïstes, obsédés. Désorientés par ce que l’appréhension de la sexualité implique d’interdits et de contraintes sociales, ils ne rêvent que d’une chose : perdre leur virginité et dominer le terrain socio-sexuel. Malgré leurs allures glamours, ils sont fondamentalement pathétiques, naviguant entre le mépris pour les autres et le sentiment amoureux, animés par une haine incarnant l’échec des relations sexuelles qu’ils tentent d’initier.
La force des sentiments antagonistes qui les envahit est telle qu’elle débouche sur des scènes de meurtres âpres et très connotées sexuellement – par exemple une fellation éclate-mâchoire pratiquée à l’aide du double canon d’un fusil.
Mandy Lane ne joue pas la carte du slasher popcorn où le ressort narratif consiste à deviner l’identité du tueur – un tueur souvent rationalisé : un fou, un fantôme ou un vengeur masqué. Au contraire, Mandy Lane tourne au jeu de massacre entre adolescent(e)s – massacre dont la seule légitimité est la violence du passage à l’âge adulte. Il ne s’agit pas d’un Battle Royale où les meurtres sont impulsés par la société, mais où ils sont générés par l’individu et ses tensions internes.

Plus Mandy Lane progresse, plus il apparaît qu’au-delà des individualités mises à mort, c’est l’adolescence qui est mise à mort dans ce film. De léger et violent, celui-ci devient alors subitement mélancolique et vire à l’ode nostalgique sur l’adolescence – un âge que ses auteurs regardent crûment, avec le sentiment ambigu de ressentiment et de regret animant tous ceux qui s’en séparent. L’ambiance de Mandy Lane évoque ainsi celle du film culte japonais All About Lily Chou-Chou.
Ajoutée à cela, une mise en scène léchée et envoûtante, construite autour d’une Mandy Lane sublimée par la caméra de Jonathan Levine (Amber Heard est énorme), on se dit qu’on tient là l’un des meilleurs indépendants US de la décennie passée (et ce, pour un budget annoncé de 750 000 dollars, de quoi en remontrer à un peu près tout le monde).

Attention, All the Boys Love Mandy Lane n’est pas un slasher, n’est pas novateur, n’est pas un film-choc, n’est pas ta mère comment c’est trop bien, non, All the Boys Love Mandy Lane est simplement un film hors-normes, cruel et poétique, un chef d’œuvre en état de grâce permanent sur la fin de l’adolescence.

A.K.

PS : petit up, puisque Mandy Lane sort (enfin !) en octobre 2013 aux États-Unis, vu le succès de l’honnête teen-zombie-flick Warm Bodies de Jonathan Levine.

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