Girl Kicks Ass Standard

Cette période d’accalmie avant la sortie planétaire de KKK est l’occasion de réfléchir ensemble sur le concept de Girl Kicks Ass (1) – un concept largement à l’honneur dans KKK.
(1) Qu’on pourrait traduire par « fille à moitié désapée filant des pains ».

Ma culture cinématographique étant médiocre (hein, voilà, autant le dire), je cerne mal l’origine de cet archétype aussi bien au cinéma qu’en littérature, BD, etc.
Le cinéma post-80 d’avant les années 60 use plutôt de femmes fatales (issues du roman noir), façon Laura – des femmes exerçant un pouvoir de fascination sur les hommes, mais relativement « objetisées ».
Avec la révolution de la femme (non, rien), ont vu le jour des archétypes plus évolués, de la femme libérée socialement, sexuellement ou professionnellement (la Working Girl). Sortant de leurs places habituelles de faire-valoir, les personnages féminins deviennent plus consistants – mais pas pour autant des nanas qui cassent du bois.

Les premières icônes de Girls Kick Ass qui ont véritablement marqué les esprits et les années 80 sont Ripley et Sarah Connor.

Le cas Ripley est ambigu – d’ailleurs au sens strict ce n’est pas une GKA (hormis dans le 4).
Dans le film de Ridley Scott, Sigourney Weaver incarne un simple officier féminin, au caractère certes relativement trempé, mais obligée de prendre les commandes à la mort du chef, et qui au final ne se bat pas réellement.
Dans la séquelle bourrine de James Cameron, Ripley a beau être accompagnée de marines dur à cuire, leur tenir le zizi haut, et tuer elle-même la reine des aliens, j’ai l’impression que son rôle de GKA est forcé par les besoins du scénario (c’est plus le mécha qui fait tripper Cameron que le fait de mette une nana dedans). Par ailleurs, dans le registre GKA, elle est éclipsée par Vasquez, caricature de la femme qui n’en veut – et qui engendra une descendance de GKA conséquente (alors qu’il n’y eut pas de réelle Ripley bis par la suite).
Dans l’Alien 3 de Fincher, de loin le meilleur de la série, Ripley n’est pas spécialement une GKA. Sigourney Weaver joue plus finement, son rôle prend une dimension psychologique et mystique – et son crâne rasé ajoute à son côté asexué.
Curieusement, dans le navet de Jeunet, Ripley devient à contre-courant de la série, une GKA façon GI Jane, un décalque un peu grossier de Vasquez.

Le cas Sarah Connor est plus intéressant.
Sarah est au départ une femme « faible » (bien que Working Girl) qui, face à une menace, est contrainte de se battre. Comme Ripley certes, sauf que le personnage de Sarah Connor évolue et se mue petit à petit en une véritable guerrière survival, passant d’une position défensive à une position offensive. La transformation physique de Linda Hamilton entre Terminator à Terminator 2 est frappante.
Plus intéressante que Vasquez, simple adepte du Girl Power, Sarah Connor devient une GKA consciemment, de façon justifiée, et sans sombrer dans le cliché de la hommasse ou de la fille avec un pénis.
Sarah Connor est, à mon sens, l’un des premiers icônes de Girl Kicks Ass du cinéma moderne.

Parenthèse. Le cas de La Nuit des morts-vivants est aussi intéressant. L’original de 68 montre une Barbara faible, apeurée, qui crie tout le temps. En revanche, son remake de 90, supérieur en tous points, met en avant une Barbara révoltée qui finit par prendre les armes à l’instar de Sarah Connor. Ces deux films illustrent comment, en vingt ans, l’image de la femme dans le cinéma de genre a évolué.

Revenons à Ripley et Sarah Connor. À James Cameron plutôt, puisque son nom est lié aux deux héroïnes. Le fait de citer Cameron n’est pas anodin. On sait la passion de ce cinéaste précurseur (qui a sombré depuis dans le passéisme) pour les mangas.
Il devient tentant de construire un point entre cinéma et BD, et d’aller chercher dans le second les origines de l’archétype illustré par Sarah Connor.
Défrichons. On oublie la BD franco-française – à moins de voir en Tintin une lesbienne refoulée. Côté Comics US, c’est assez riche en super-héroïne (avec leurs pendants discos dans les séries télés de type Wonder-Woman). Mais il me semble qu’on est là à un niveau fantasmatique, dans un monde imaginaire peuplé de super héros – en tout cas de personnages qui sont bien loin de la fille d’à-coté qui décide de se battre par ce que la vie c’est dure quand même. Une super-héroïne peut-elle être une vraie GKA au sens noble du terme ?
Les mangas sont évidemment plus intéressants, car ils cultivent AMHA depuis longtemps l’imagerie de la femme fragile mais forte. Là, tout de suite, je pense par exemple à Cat’s Eye. Mais la culture asiatique dans son ensemble est riche de personnages féminins imposants.

Ce qui conduit à l’une des limites de l’archétype de GKA.
OK, c’est cool de mettre une femme en tête d’affiche, mais n’est-ce pas un peu, soit misogyne, soit inspiré par des pulsions sexuelles – le fantasme de la femme dominatrice. J’ai les idées mal placées, je sais, mais on ne peut nier qu’une fille en combinaison seyante et qui filent des pains dope plus une audience mâle qu’un mercenaire en treillis.
La question se pose : Quid de l’audience féminine ? Quel est le rapport du public féminin aux Girls Kick Ass ?
J’imagine que les GKA façon Sarah Connor peuvent plaire – puisqu’elles incarnent une certaine révolution / libération de la femme ; en revanche les GKA façon Vasquez ne peuvent qu’agacer puisque stigmatisant la femme dans une case « la femme qui se prend pour un homme », « qui renie sa part féminine », etc.

Cette antagonisme me semble être au cœur de l’archétype de la Girl Kicks Ass. Le côté finalement malsain de fantasmer sur des filles à mini-jupes et mitraillettes, véhiculant une imagerie Barbie-Rambo, face à des échos de la juste libération de la femme.
La mise en scène d’une bonne GKA devient alors délicat, devant éviter les écueils des deux bords – le féminisme à outrance et l’objetisation sexuelle de l’autre. Donc, globalement, ne pas appuyer sur ce qu’on voit en premier chez une GKA, à savoir une femme prenant une posture traditionnellement dédiée aux hommes dans la culture patriarcale. Et, au contraire, traiter d’une héroïne « moderne » qui fait ce qu’il faut sans se restreindre aux limites de son sexe.

L’année 2010, pourtant médiocre, contient de beaux exemples de Girls Kick Ass (voir l’album Facebook).

Dans le bien nommé Predators de Nimrod Antal / Robert Rodriguez, Alice Braga campe une GKA traditionnelle. Mignonne, typée, en tenue militaire, avec un gros gun. Plutôt que de faire pencher la balance du côté de la bourrine Vasquez, son côté fragile est accentué – jouant donc sur l’aspect « fragile et fort » de la GKA. Même si Alice Braga se tire convenablement de ce rôle de GKA en treillis, son archétype demeure l’un des plus primaires parmi les GKA du marché.

Plus intéressant, quoique, Mila Kunis campe une jeune GKA en devenir dans Le Livre d’Eli des frères Hugues. Même si les photos laissent croire qu’elle déboite le c…, son personnage prend réellement les armes à la fin du film, avec une pose très Sarah Connor. Un niveau de GKA plus fin donc que celui de Predators, mais malheureusement sous-employé.

Plus intéressant, dans le Machete de Robert Rodriguez / Ethan Maniquis, Jessica Alba et Michelle Rodriguez campent 2 GKA complexes. D’abord Rodriguez joue de l’archétype de la motarde dans leurs postures, leurs looks… mais se sert également de ses 2 personnages pour véhiculer le propos social de son film. Ainsi Jessica Alba campe une Working Girl qui essaye d’infiltrer le système de l’intérieur ; Michelle Rodriguez est la responsable d’un réseau d’immigration qui, en plus, a créé le personnage mythique de Shé (une GKA façon Che Guevarra). À travers ces deux filles désapées qui filent des pains, Rodriguez décline les différentes types de GKA : bastonneuse, Working Girl, révolutionnaire.

Le cas Amber Heard dans All the Boys Love Mandy Lane est aussi intéressant. Si Amber Heard entre de façon détournée dans le rang des GKA via une scène de baston finale mémorable (notamment dans de la boue :) ), Jonathan Levine pratique un croisement intéressant entre l’icône de la femme fatale des années 40 et la GKA des années 90. Preuve que l’archétype de GKA est riche et peut se décliner suivant de nombreux angles d’approche.

Et Keira dans tout ça ?
Dans La Princesse des voleurs (raaah), elle incarne une mini-GKA, fille de Robins des bois, bien décidé à rentrer dans le lard des méchants. Évidemment c’est kawaï, mais bon quand même.
Dans Pirates des Caraïbes, il est aussi intéressant de voir comment petit à petit son rôle se développe et passe de potiche à GKA (même si dans les 2 cas, elle reste un argument marketing et un faire-valoir de Johnny Depp).
Plus classe, elle incarne dans le Roi Arthur une guerrière picte. Un rôle intéressant (surtout en regard du reste du film) qui mêle à la fois le caractère révolutionnaire de ses actions et le plaisir malsain de filer des pains à tout le monde.
Enfin : Domino. Autant les 3 films précédents et bien d’autres, se contentent de « mettre » une GKA tel quel dans le film, autant Domino raconte de A à Z la vie et la mort d’une GKA, de son apprentissage, en passant par sa célébrité et sa médiatisation / déification. Une mise à plat de l’archétype GKA qui fait de Keira / Domino l’une des GKA les plus emblématiques de l’histoire du cinéma.

A.K.

6 thoughts on “Girl Kicks Ass Standard

  1. Quand même, la Ripley en petite culotte qui fritte l’alien à mains nues à la fin du film de Ridley Scott c’est une « fille à moitié désapée filant des pains » :)

  2. Pas faux. Je crois qu’en fait Ripley ne fait pas très « fille » pour moi… (imagine Keira Knightley à la place, ça fait tout de suite plus GKA !)

  3. Héhé, je ne goute guère à ta fascination pour Keira mais je comprend l’idée (Woh Rosario Dawson qui bute des aliens!!!) on a chacun notre égérie…

    Mais du coup ça me fait penser que l’idée de la Girl Kick Ass est autant une « esthétique » (jolie fille avec un flingue) qu’un type de personnage (vraie femme forte)… à savoir que même dans un rôle ingrat ne montrant que très peu de combats, un réal qui a un peu de sens visuel (ou qui est très versé dans la réutilisation de poncifs si on veut le dire de manière négative) pourra faire apparaitre n’importe quelle nana comme un GKA… c’est ce que Cameron a très bien compris je pense, parce que Sarah Connor dans T2, à part avoir l’air totalement « badass » dans la désert en tenue militaire (ma scène favorite de T2 par ailleurs) bé elle kick pas beaucoup d’ass si mes souvenirs sont exacts… un peu pareil pour rodriguez qui utilise Michelle Rodriguez (qui n’a fait que ce rôle là j’ai l’impression) en sous-tif et mitrailleuse alors que son perso ne tire pas beaucoup de « bastos » (mais je trouve Machete terriblement mou d’la bite, c’est peut-être pour ça)
    Bref tout ça pour dire que la GKA me semble devenue un peu clichesque, et on voit de plus en plus des nanas en marcel qui buttent des méchants dans les mauvais films (Avatar, The Descent, etc. -la mention mauvais film n’engage que moi et ne reflète qu’un avis perso-) alors que les « vraies » GKA, à savoir des femmes fortes dont le potentiel sexy est directement lié avec cette force, me semblent bien plus discrètes et savoureuses (du genre la héroïne de Black Book, et finalement un peu toutes les nanas de Verhoeven -qui a filmé Sharon Stone, la GKA la plus universellement reconnue de Basic Instinct, d’une manière tout à fait superbe qu’uaucn autre réal n’a su rendre-)

  4. (Et pour les GKA de 2010 n’oublions pas Olga Kurylenko en guerrière picte elle aussi)

    (et ton livre à l’air tout à fait intéressant par ailleurs je ne manquerais pas de le lire à sa sortie!)

  5. Bonne remarque. Certaines GKA sont purement esthétiques et insérées dans un film à bon ou mauvais escient…
    Le cas Sarah Connor est intéressant car elle est volontairement devenue une GKA. C’est cette énergie, plus que son esthétisme, qui justifie ce personnage.
    Pour Michelle Rodriguez, son personnage est plus subtil dans Machete (si, si). Même dans sa caravane de tacos, c’est une GKA dans sa démarche.
    Question : Est-ce qu’on peut considérer Show Girls comme un film de GKA ?
    Pas vu Centurion. C’est prévu.

  6. (Centurion c’est pas mal du tout) (et diablement mieux que le roi Arthur trouve-je)

    La réponse à ta question c’est oui, d’autant que le milieu décrit dans Show Girl est vachement violent… sauf que les armes c’est pas des flingues mais des corps, d’ailleurs les scènes de sexes et de shows sont montrées de manières très agressive par Verhoeven qui ne cherche pas du tout à exciter le spectateur je pense… (Même si bon je trouve le film un peu raté)

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