I’m here (Spike Jonze, 2010)

imhereVu les difficultés rencontrées par les studios indépendants et la fermeture d’esprit des grands, passer par des financements autres peut devenir une solution viable pour permettre aux réalisateurs de conserver une autonomie artistique.

[article initialement paru sur le Cafard Cosmique]

Puisqu’il semble acquis que les bons films de science-fiction ne méritent plus dorénavant une diffusion en salles, l’autre film de science-fiction notable de l’année 2010 est sorti directement sur internet.
Il s’agit de I’m Here, l’incroyable moyen métrage (30 minutes) de Spike Jonze.

Inclassables, les précédentes œuvres de Jonze avaient montré sa capacité à incorporer un élément imaginaire à une intrigue réaliste – cet élément imaginaire s’intégrant naturellement à l’histoire et la mise en scène. Ainsi, on accepte sans sourciller la réalité du tunnel menant au cerveau de John Malkovich, les dialogues entre les jumeaux d’Adaptation tous deux interprétés par le même acteur, et les créatures de Max et les Maximonstres. Jonze est l’un des rares cinéastes issus du monde du clip à convaincre et faire s’effacer son inventivité technique au profit de l’histoire. En résumé, Spike Jonze est un peu tout ce que Gaspard Noé n’est pas : innovateur, juste et fin.

Dans I’m Here, le réalisateur s’intéresse au quotidien maussade d’un robot mélancolique – un point de départ rappelant l’œuvre de Mamoru Oshii. Malgré des abords tristounes (les robots sont une classe sociale de parias), le métrage prend une dimension plus joyeuse quand le protagoniste reprend goût à la vie en s’éprenant d’une robote excentrique.
Si I’m Here reste une fable humaniste gentillette, il séduit surtout par son contexte et l’expressivité de ses personnages robotiques. Il est surprenant de voir comment Spike Jonze réussit à animer et faire sourire des carcasses d’ordinateur ; alors qu’en face, avec un budget démesuré, James Cameron peine à rendre crédible des aliens en images de synthèse.

Au-delà de cette prouesse technique, I’m Here est aussi intéressant par les perspectives qu’il propose.
1/ Le métrage a été financé sans contrainte artistique par la société Absolut Vodka.
Vu les difficultés rencontrées par les studios indépendants et la fermeture d’esprit des grands, passer par des financements autres peut devenir une solution viable pour permettre aux réalisateurs de conserver une autonomie artistique.
2/ En étant distribué sur le net, I’m Here se prive de toutes recettes d’exploitation en salles, sur DVD et sur les réseaux télévisés ; mais il se libère du même coup des contraintes et des exigences de bienséances et de conformité des distributeurs. I’m Here est gratuit, mais pourquoi ne pas envisager de reproduire l’expérience de façon payante ?
3/ Enfin, corollaire du précédent point, la diffusion sur le net se dédouane des contraintes d’exploitation des distributeurs et permettrait aux métrages d’avoir la durée appropriée. Ici, I’m Here se suffit à lui-même en trente minutes. Les films nécessitant de longs développements pourraient s’étendre au-delà des deux heures fatidiques ; les films ne nécessitant pas autant pourraient avoir une durée réduite tout en préservant une exposition que ne permet pas aujourd’hui la distribution en salles.
Il me semble que la « révolution » du cinéma est plus à chercher dans ces trois axes que dans l’ajout d’une troisième dimension…

A.K.

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