La Mort du roi Tsongor / Ouragan – Laurent Gaudé

tsongorModernisation et transposition africaine de la tragédie antique et chant choral autour de la catastrophe de Katrina. Deux romans différents mais animés d’une même force narrative. Brillants.

À écouter aussi sur Salle 101 – L’émission du jeudi 20 juin 2013

Laurent Gaudé est un écrivain français d’une quarantaine d’années (théâtre, nouvelles, romans). Cela fait maintenant une bonne quinzaine d’années qu’il est publié, principalement chez Actes Sud (et en poche chez Babel). Il a eu le prix Goncourt en 2004 pour Le Soleil des Scorta (qui n’est pas forcément le plus alléchant, ni le plus court).


La Mort du roi Tsongor est un récit d’Antiquité africaine imaginaire.

Le roi Tsongor est un monarque rayonnant, mais aussi un ancien conquérant cruel (cf. Alexandre le Grand). Le récit commence le jour du mariage de sa fille, dans la capitale de Massaba, promise au prince des terres du sel. Problème : le même jour surgit un ancien prétendant, un ami d’enfance de sa fille, presque un fils pour le roi, qui réclame la main de sa fille prétendument acquise lors d’une promesse d’enfants.

Le roi Tsongor n’a pas à choisir (ça l’arrange), car le même jour son fidèle serviteur Katabolonga décide de le tuer sur la base d’un lointain serment (cf. le dernier combattant du dernier royaume conquis).

Commence alors une longue bataille aux pieds des murailles de Massaba entre les 2 prétendants, qui fera s’affronter des armées aussi variées que des bersekers drogués au khat, des sorciers, des amazones, des guerriers à dos de chameaux ou de zébus, des guerriers travestis en femme (les chiennes de guerre) et cætera. On suit cette bataille qui va s’éterniser des jours, des semaines, des mois – et à laquelle vont également participer les fils héritiers du roi Tsongor en lutte pour le trône de leur père. Tous ses fils, sauf un, le plus jeune, que Tsongor a envoyé juste avant sa mort dans un pèlerinage dans tout le royaume pour annoncer la mort du roi et faire construire 7 tombeaux, 7 merveilles en son nom.

Dernier élément du récit, le fantôme du roi Tsongor sera le spectateur privilégié de la bataille, hantant les murs de Massaba, tout autant que les rivages du Styx, et attendant la construction des tombeaux avant de rejoindre l’au-delà. Il verra le résultat de ses décennies de conquête et de règne s’achever dans une bataille sanglante et stupide.

Littéraire sans être verbeux, archétypal sans pour autant être pétri de clichés, référencé (nourri de référence théâtrale) sans être sur-référencé. Et c’est court.

Abordable autant par un public exigeant, par un public casual, par un public habitué de la fantasy, que par un public qui n’en lit pas. Si vous aimez le Trône de fer, lisez La Mort du roi Tsongor. Si vous n’aimez pas le Trône de fer, lisez La Mort du roi Tsongor.


Ouragan raconte l’abattement d’un ouragan à la Nouvelle-Orléans, directement inspiré de la catastrophe de Katrina.

Ce n’est pas un roman en tant que tel, j’ai envie de dire que c’est un chant choral, qui se lit d’une traite (ou presque), où se mêlent les voix d’une dizaine de personnages, principalement : une vieille négresse à qui l’ouragan de ne fait pas peur, une mère célibataire qui comme les autres noirs pauvres est démuni face aux événements, un ancien amant qui va revenir à la Nouvelle-Orléans pendant la tempête pour retrouver la femme qu’il aime, un révérend blanc qui veut convertir les détenus noirs d’un pénitencier (et qui pendant l’ouragan va se croire investi d’une mission divine), les détenus de ce pénitencier abandonnés par leurs gardiens alors que l’ouragan s’abat et inonde la prison.

À travers ce chant, Laurent Gaudé esquisse un portrait saisissant de la condition des noirs aux États-Unis.

Je n’en dirai pas plus. Les mêmes qualificatifs que pour La Mort du roi Tsongor s’imposent (littéraire sans être verbeux). L’angle de vue n’est pas le même (intime / extériorisé) mais les personnages sont tout aussi tangibles, humains, attachants.

A.K.

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