The Place beyond the Pines (Derek Cianfrance, 2013)

place_beyond_the_pines_ver7_xlg

Par l’auteur de Blue Valentine, un drame humain, intense et fascinant, loin des clichés et du formatage narratif hollywoodien ; un film de regards, le regard que deux pères portent sur leurs fils, et celui que ces derniers leurs portent en retour.

À écouter aussi sur Salle 101 – L’Émission du jeudi 4 avril 2013

Sorti en 2013 en salles, The Place beyond the Pines est l’un des films américains importants de l’année (après le ZDT de Kathryn Bigelow et en attendant Mud de Jeff Nichols), le 3e film de Derek Cianfrance, dont le précédent, Blue Valentine, était sorti en 2011 en France – et qui est à mon sens l’un des plus beaux films indépendants américains de ces dernières années (d’un autre côté, le cinéma indépendant, ce qu’il en reste…).

Un petit mot sur Blue Valentine. Derek Cianfrance y relatait en 2 époques une rencontre amoureuse (coup de foudre hollywoodien) et la rupture 5 ans après (sans amant, maitresse ou mid-life crisis hollywoodienne – la focale intimiste de Cianfrance était sur la relation entre les 2 amants, leurs rapports l’un à l’autre, leurs questionnements sur leur sentiment amoureux éteint. Les 2 narrés en parallèle. Le film marquait la qualité de la réalisation de Cianfrance, le positionnement (au-delà de la résolution hollywoodienne), et la force des 2 interprètes principaux : Michelle Williams (la seule (?) actrice américaine contemporaine véritablement intéressante) et la star montante Ryan Gosling (qui confirmait à l’occasion que ce statut n’était pas injustifié pour un acteur venant de la série télé Young Hercules).

Derek Cianfrance retrouve Ryan Gosling pour The Place beyond the Pines.
Qui a l’air de loin d’un thriller, tout au moins d’un film de braquage à la Drive. Heureusement il n’en ait rien. Blue Valentine. tournait autour des relations père / mère (amant / amante) du couple (famille) ; The Place beyond the Pines tourne autour des relations père / fils.
L’histoire : Déjà, en soi, le film se distingue des produits formatés (au risque de froisser le public) car le film est coupé en 3 films distincts de 40 minutes en gros (chacun ayant son héros, sa narration et sa propre résolution) (fuck toute volonté de suspense).
Toutes les histoires se passent à Schenectady.
Premier film : on suit Luke (Ryan Gosling), un cascadeur à moto itinérant. De façon assez triviale, il va tomber sur une ex d’un soir, qui va lui apprendre qu’il a un fils d’un an (mais qu’elle a refait sa vie, etc). Luke va faire une psychose autour de ça… il va rêver qu’il peut la re-conquérir, etc, il se sent avoir une responsabilité… et comme il lui faut de l’argent, plus, pour aider, protéger son fils / sa famille, il va se mettre à braquer des banques.
Le 2e film se passe après : on suit Avery Cross (Bradley Cooper), un flic, qui va croiser la route de Luke – résoudre la série de braquages. Avery est également père d’un bébé d’un an. Sa nouvelle notoriété va intéresser des policiers véreux. Ses réactions vont être mises en perspective avec son rapport avec sa famille, notamment son père. Comme il a arrêté Luke, et qu’il a lui aussi un fils d’un an, il pense sans cesse au bébé de ce dernier, et quelque part la psychose de l’un est devenu celle de l’autre.
Le 3e film : 15 ans après, ça commence par l’enterrement du père d’Avery. Les 2 enfants sont maintenant des adolescents. Leurs chemins vont se croiser. Ça va tourner autour de la relation qu’ils ont avec leur père respectif.

Déjà, ce qui est intéressant, c’est comme dans Blue Valentine, Cianfrance va au-delà de la résolution hollywoodienne : celle d’un film de braqueurs où soit le gentil flic arrête les vilains braqueurs, ou le gentil braqueur réussit à déjouer les plans des méchants flics. Ça, on s’en cogne. Là on va au-delà du cliché de gentil flic, qu’est-ce qui se passe après, et même qu’est-ce qui se passe 15 ans après dans leurs relations avec leurs enfants.

Tout cela est très bien mis en scène. Une réalisation très naturelle (privilégiant les décors naturels, les extérieurs) qui filme de façon très charnelle les acteurs (de très près), qui s’ancre aux personnages. Les scènes de poursuite sont ancrées dans le réel ; on n’est pas loin d’un Die Hard 3. La musique est pas dégueulasse non plus, merci Mike Patton. Les 2 acteurs principaux sont bons (ça c’est pas nouveau), mais conjoints avec la caméra de Cianfrance, ils ont une profondeur plutôt rare. Il a quelque chose d’assez fascinant dans les parcours de Luke et d’Avery – dans leur sens de la responsabilité, de ce qu’ils veulent transmettre à leurs enfants, et de ce qu’eux-mêmes en font. Cianfrance filme beaucoup les regards – les regards que 2 pères portent sur leurs fils, et celui que 2 fils portent sur leurs pères.

Comme Blue ValentineThe Place beyond the Pines est un film personnel, intimiste, un drame humain, loin des clichés et de tout formatage, qui s’intéresse aux gens de la vraie vie, à ceux de Schenectady, pas à ceux de New York ou Hollywood.

A.K.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>