The Prodigies (Antoine Charreyron, 2011)

prodigiesBluffant, mature, audacieux, The Prodigies ne lâche rien. Boudant toutes les modes actuelles, prenant au contraire appui sur trois décennies de « sous-culture », le film d’Antoine Charreyron s’aventure dans des terres jusqu’à alors réservés aux attardés amateurs de mangas et de jeux vidéos.

Les films d’animations modernes constituent l’une des 7 plaies du cinéma moderne. Balayant des décennies d’évolution et de tradition du dessin animé [préservées uniquement par des studios asiatiques comme Ghibli], les *nouveaux* films d’animations post-modernes 3D-dans-ta-face sont souvent un brouet hideux d’images de synthèses sur-calibrées à destination d’un public infantilisé à l’extrême. Jouant à la fois la carte d’un « regardez comment elles sont trop belles nos images de synthèses, on a même calculé la courbure du poil des fesses du mammouth, c’est pas génial ? » [non] et du divertissement destiné au jeune public et aux adultes grâce à un sous-texte aussi subtil que les répliques de Batman & Robin, toute la génération des films d’animations de Disney, Pixar, Dreamworks, etc, ne sont finalement que des publicités pour produits dérivés, aux images aussi lisses que celles d’un bon vieux jeu Dreamcast. Tous ces boulets qui encombrent les salles de cinéma et les neurones de notre jeunesse ont oublié un détail, un mot en fait : le mot « film ».

Aussi, il est surprenant de constater que l’un des films d’animations modernes réellement convaincants soient français – alors que les français ont justement oublié depuis des lustres le sens du mot « film ».

The Prodigies. Personne ne l’attendait et, ça tombe bien, personne ne l’a vu.
Dans la droite lignée d’Akira, et de toute la vague des enfants mutants, The Prodigies relate le parcours de 6 « mutants » (en gros des génies affublés de la capacité de contrôler d’autres corps – des pousseurs en somme) : le premier, Jimbo, un jeune adulte, et 5 autres, encore adolescents. Après avoir assassiné ses parents, Jimbo a été pris, encore adolescent, sous la coupe d’un milliardaire, Killian, fondateur d’un institut pour enfants surdoués, qui lui a appris à contrôler ses pouvoirs. Les 5 autres, laissés à eux-mêmes dans un monde indifférent, n’ont pas encore fait la part du « bien » et du « mal » dans l’exercice de leurs pouvoirs. Jimbo va essayer d’initier leur apprentissage ; évidemment, leur chemin vont se séparer quand l’une des leurs va être victime d’un viol.

Inutile d’aller plus loin dans l’histoire, vous noterez déjà un parricide et un viol sur mineure. Pas mal.
Vous l’aurez compris, The Prodigies ne donne pas dans le divertissement familial, mais s’avère un film sombre et sans tabou (un film au final optimiste mais indécis).
Son scénario réalise un croisement intéressant entre la narration traditionnelle et sobre des romans SF/Fantastique des années 80 (à la King) – d’ailleurs le film est inspiré d’un roman de 1981 (La Nuit des enfants-rois de Bernard Lenteric) – et l’outrance graphique d’un anime japonais.
Si le thème de l’enfant mutant est plutôt rabattu, The Prodigies fait la différence grâce à son énergie. Les différentes scènes ont une dynamique propre, réfléchie, dont le but n’est pas d’en mettre plein la vue, mais d’investir l’action – quelle qu’elle soit. Le récit est prenant, tout le film se déroule sans temps mort. Antoine Charreyron (et son armée d’indiens) se donne à fond dans ce premier film, semblant prioriser à chaque plan la dynamique d’ensemble et le design, plutôt que la finition au pixel près.
Cela fonctionne d’autant que le film possède une identité graphique forte, portée par son créa : Viktor Antonov (pour nos amis gamers : Antonov est responsable entre autres du design d’Half-Life 2). Tiens, confier le design d’un film d’animation à des gens dont c’est le métier depuis des années, plutôt qu’à des tauliers qui ne comprennent pas les nouveaux outils qu’ils utilisent… Intéressant, non ?

Au-delà de son récit classique, de ses personnages somme toute attachants, de ses scènes d’action impressionnantes, de sa ligne directrice sans concession [dans un climax dément, les mutants s’envoient des cadavres à la gueule – allo Pixar ?], The Prodigies se paye même le luxe d’oser un changement de registre graphique. Les scènes difficiles (meurtre, viol…) étant également ressentis par les mutants sur un plan psychique, c’est sur ce plan que ces scènes sont présentées, dans une bichromie épurée superbe.

Bluffant, mature, audacieux, The Prodigies ne lâche rien. Boudant toutes les modes actuelles, prenant au contraire appui sur trois décennies de « sous-culture », le film d’Antoine Charreyron s’aventure dans des terres jusqu’à alors réservés aux attardés amateurs de mangas et de jeux vidéos. Pire, son utilisation de la 3D ne gâche rien et convainc, en étant utilisée intelligemment pour surligner le dynamisme de l’action.

Au-delà de l’aventure humaine qu’il constitue, The Prodigies est donc une passerelle transgenre incontournable. Les chercheurs de nouvelles voies pour le cinéma moderne auraient tort de ne pas l’emprunter.

A.K.

2 thoughts on “The Prodigies (Antoine Charreyron, 2011)

  1. « Boudant toutes les modes actuelles, prenant au contraire appui sur trois décennies de « sous-culture », le film d’Antoine Charreyron s’aventure dans des terres jusqu’à alors réservés aux attardés amateurs de mangas et de jeux vidéos. »

    Cette phrase m’a l’air peu cohérente avec deux passages de cette critique :

    1 / « dans un climax dément, les mutants s’envoient des cadavres à la gueule »

    2 / Viktor Antonov (pour nos amis gamers : Antonov est responsable entre autres du design d’Half-Life 2). Tiens, confier le design d’un film d’animation à des gens dont c’est le métier depuis des années, plutôt qu’à des tauliers qui ne comprennent pas les nouveaux outils qu’ils utilisent… Intéressant, non ?

    J’ai lu le livre « La nuit des Enfants Rois » et j’en ai gardé un très bon souvenir. Son adaptation (Prodigies en est plus qu’inspiré) en film d’animation plutôt qu’avec de vrais acteurs m’a laissé perplexe. La bande annonce du film (peut-être mal faite) promettait tous les travers que tu dénonces ailleurs.

  2. Désolé, je ne suis pas sûr de comprendre…
    Vois The Prodigies et on en reparle :)
    Mais n’attends pas du film une adaptation fidèle du livre. Le film prend ses références dans une sous-culture plus vaste que celle d’un seul roman.

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